Suspension de l'exportation du bétail :et si la solution se trouvait ailleurs
A l’approche de la fête de la Tabaski, le gouvernement burkinabè a décidé de suspendre l’exportation du bétail afin de garantir une disponibilité suffisante des animaux sur le marché national. Une mesure qui vise à soulager les populations et à faciliter l’accès aux moutons et aux bœufs pour les célébrations religieuses. Mais sur le terrain, plusieurs voix s’interrogent déjà sur l’efficacité réelle d’une telle décision.
Lien du communiqué portant suspension de l'exportation : https://www.facebook.com/100064470740758/posts/1489969669828710/?app=fbl
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| Image : lefaso.net |
L’objectif affiché est clair : éviter une pénurie d’animaux et limiter la flambée des prix provoquée par les exportations vers les pays voisins. Toutefois, cette décision semble ignorer une réalité économique importante : le bétail destiné à l’exportation appartient généralement à une catégorie de grande valeur, avec des prix souvent hors de portée pour une grande partie des ménages burkinabè.
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| Communiqué du gouvernement portant suspension de l'exportation |
En effet, les commerçants et éleveurs qui préparent des animaux pour l’exportation ciblent un marché plus rentable, notamment dans les pays côtiers comme le Bénin, le Ghana et surtout la Côte d'Ivoire où le pouvoir d’achat est plus élevé. Ces animaux sont souvent mieux entretenus, plus imposants et vendus à des prix élevés. Les maintenir sur le marché national ne garantit donc pas automatiquement leur accessibilité aux consommateurs locaux.
La question du pouvoir d’achat demeure ainsi au cœur du problème. Même en quantité suffisante et relative de bétail sur les marchés, de nombreux citoyens peinent déjà à satisfaire les besoins essentiels du quotidien. Dans ce contexte économique difficile, acheter un mouton ou un bœuf à un prix élevé devient un luxe inaccessible pour plusieurs familles.
Par ailleurs, les commerçants ne semblent pas disposés à vendre leurs animaux à perte. Face à une demande locale limitée et à des prix jugés insuffisants, beaucoup pourraient simplement choisir de conserver leur bétail jusqu’après la Tabaski, période durant laquelle les restrictions pourraient être levées et les opportunités d’exportation redevenir attractives. Une stratégie qui risque de réduire l’impact attendu de la mesure gouvernementale.
Même dans l’hypothèse où certains vendeurs accepteraient de revoir leurs prix à la baisse, cela ne résoudrait pas totalement le problème. La faiblesse du pouvoir d’achat reste un obstacle majeur. La disponibilité des animaux ne suffit pas si les populations n’ont pas les moyens financiers nécessaires pour les acquérir.
Cette situation soulève donc une interrogation plus profonde sur les politiques de régulation des marchés en période de fête. Suspendre les exportations peut apparaître comme une réponse rapide, mais sans mesures complémentaires visant à soutenir le pouvoir d’achat des ménages ou à encadrer les prix, les effets risquent d’être limités.
Au final, la suspension de l’exportation du bétail pourrait produire un paradoxe : des marchés relativement approvisionnés, mais des animaux inaccessibles pour une grande partie de la population. Une réalité qui montre que la question ne se limite pas uniquement à la disponibilité du bétail, mais surtout à la capacité réelle des citoyens à y accéder.
Basniwendé Ousséni Kafando


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